La Fée du Sureau

Une traduction de la Bible des Fées par Teresa Moorey. Le livre existe déjà en français, mais je ne le possède pas encore (d’ici quelques jours ;o)). Moorey est un auteur que je trouve agréable à lire et souvent inspirante.

La Fée du Sureau

Extrait de The Fairy Bible, par Teresa Moorey. Traduction Lune.

(Fée du Sureau, illustrateur ?)

Le sureau est un arbre de commencements et de fins, de naissance et de mort. De fait, la fée du sureau est un esprit de transformation, lié au « franchissement des seuils ». Généralement perçue comme une vieille femme, la fée du sureau conseille sur ce que l’on doit laisser tomber et ce que l’on doit poursuivre.

Elle peut fournir un lien puissant avec la Déesse Mère et elle facilite le contact avec les esprits des autres arbres. En un sens, elle agit comme la figure d’une mère dans la forêt. Elle porte la sagesse de la Crone et elle est la maîtresse de la plus profonde magie.

On dit que les sorcières sont capables de se transformer en sureau. Les tziganes croient qu’abattre et brûler du bois de sureau attire la malchance et que la Mère Sureau prendra sa revanche. Cette superstition découle d’une prise de conscience instinctive de la dangerosité, en fin de compte, pour la race humaine, du manque de respect pour la Nature.

La pousse anarchique du sureau nous renvoie à l’aspect indomptable de la Nature, le cœur sombre de la terre à qui nous devons d’exister.

La fée du Sureau possède une vieille sagesse féminine, depuis trop longtemps dépréciée dans notre culture. Mais en lui témoignant un peu de respect, elle jouera son rôle de professeur.

Les Vieilles des Bois. Esprits des plantes, Dame Holle.

pervenche

Allez, ça faisait longtemps que je n’avais plus traduit Rätsch et Müller. Cette fois, le texte n’est pas issu de Witchcraft Medicine mais de Pagan Christmas. The Plants, Spirits, and Rituals at the Origins of Yuletide.

Les Vieilles des Bois

Par Christian Rätsch et Claudia Müller-Ebeling. Traduction Lune.

« Vieille des bois » est le nom que l’on donne aux esprits féminins, ou âmes féminines, des plantes. Ces êtres enseignent aux humains les pouvoirs des plantes. « La Vieille » est la déesse païenne de l’hiver. Son amant est « l’homme vert », le dieu de l’hiver. Ils sont Frau Holle et Wotan. Pour eux, le houx, le lierre, le gui et les rameaux verts hivernaux étaient sacrés. « À une époque, les décorations de plantes à feuillage persistant furent interdites car « païennes », pourtant elles restent toujours ‘en vogue’ ». (Storl 2000b, 330*).

Quiconque, dans son jardin, fait une place aux plantes de genre Vinca (ndlt : pervenche) deviendra proche d’une « vieille des bois ». Dans les contes de fée et dans la langue vernaculaire, Vinca porte de nombreux et différents noms : la femme de la foret, la femme sauvage, la femme des mousses, Frau Holle, et Grand-Mère Sempervirente (Golowin 1985, 81*). Ces noms communs sont aussi utilisés pour d’autres plantes forestières. Par exemple, l’achillée musquée (Achillea moschata) est également appelée demoiselle de la forêt et demoiselle sauvage ; le sureau (Sambucus nigra) est appelée Frau Holler ou simplement Holler; la fausse mandragore ou ail de la sainte-victoire (Allium victorialis) porte le nom de fräulein (mademoiselle) ; et la ballote (Ballota nigra) est connue sous le nom de vieille femme.

Nous connaissons la Frau Holle du conte de fée des frères Grimm « Goldmary and Pitchmary. » Dans l’ancien temps germanique, elle était révérée en tant que déesse de la Terre et de la fertilité, sous le nom de Hludana (Hlodyn, Hlödin), et en tant que mère mythique de Thor (Donar), le dieu du tonnerre. Frau Holle et son fils Donar sont associés à quasiment toutes les plantes sempervirentes, importantes dans l’ethnobotanique de Noël, en particulier le houx et le gui.

Frau Holle conduisait le Hollen ou Hulden, une horde d’esprits démoniaques, comptant parmi les membres de la chasse sauvage de Wotan. Selon la légende, elle et son fils Donar vivaient à l’intérieur des plantes connues sous le nom de « wintergreen », pervenches et immortelles. Holle était un être de l’autre monde, et sa nature était perçue comme ambivalente, à la fois gentille et sévère. Dans son empire du monde-d’en-bas, aux enfers, elle recevait les âmes des morts et libérait celles des nouveaux-nés. Aux alentours de l’an 1000 après JC, l’évêque Burchard de Worms associa Frau Holle à la déesse latine de la forêt et de la chasse, Diane. D’après les Catholiques, toutes deux étaient des déesses sorcières.

La plante à feuilles charnues, la joubarbe des toits, appelée « hens and chicks » ou « houseleek » (Sempervivum tectorum L., Crassulaceae) en anglais est connue en Europe, non seulement comme « wintergreen » (ndlt : nom qui renvoie à tout végétaux sempervirents, c’est à dire à feuillage persistant. Utilisé comme nom générique pour plusieurs plantes de ce type.), mais aussi par des noms populaires comme barbe de tonnerre, fleur de tonnerre, herbe de tonnerre, Jovis barba ou barbe de Jupiter (Jupiter = Donar, le dieu tonnerre). On retrouve le nom « d’ancienne » (ou de vieille) pour de nombreuses espèces du genre Pyrola (Pyrolaceae), largement connue en Anglais sous le nom de wintergreen (ndlt : cf plus haut). Wintergrün est le nom allemand pour Pyrola media, aussi bien que pour Pyrola rotundifolia, que l’on nomme également winterpflanze (plante d’hiver). Dans la langue vernaculaire allemande, la plante de la même famille Chimaphila umbellata (pipsissewa ou prince’s pine, autrefois Pyrola umbellata ; ndlt : en français : Chimaphile à ombelles ou Pyrole en ombelle) est appelée winterlieb (cher hiver), wintergrün (vert hiver), et waldmangold (homme-forêt d’or). Polygala paucifolia (Polygalaceae) est appelé wintergreen qui fleurit.

La petite pervenche (Vinca minor L., Apocynaceae) contient des alcaloïdes indolés. Sa fleur à 5 pétales ressemble à pentagramme, « le signe des druides ». C’est pourquoi, elle était considérée comme une plante de sorcières et magiciens. “Lors de la récolte des végétaux sempervirents, tout ceux qui les ramassent, doivent être exempts de toute impureté » (Bourke 1913, 409*). (Kathmandu, Nepal, Mars 2003)

La grande pervenche (Vinca major L., Apocynaceae) est aussi appelée singrün ou violette de sorcier. Elle est considérée comme une protection magique contre les prétendus kehrhexen, des êtres dangereux venant d’un monde sans dessus-dessous : « Ces sorcières se promènent la plupart du temps la tête à l’envers, mais vous ne pouvez pas les voir. Quiconque est curieux de voir une sorcière sans dessus-dessous, aura seulement besoin de placer trois brins de grande pervenche au-dessus de la porte où passe la sorcière, et il verra tout de suite que sa tête est à l’envers. » (Söhns 1920, 45*).

* Storl, Wolf-Dieter.2000b. Pflanzen der Kelten. Aarau: AT Verlag.

* Golowin, Sergius. 1985. Die Magie der verbotenen Märchen: Von Hexendrogen und Feenkräutern. 5th ed. Gifkendorf: Merlin. (Orig. pub. Merlin Verlag, Hamburg, 1973.)

* Bourke, John Gregory. 1996. Der Unrat in Sitte, Brauch, Glauben und Gewohnheitrecht der Völker. Frankfurt/M.: Eichborn (Orig. Pub. 1913.)

* Söhns, Franz. 1920. Unsere Pflanzen. Ihre Namenserklärung und ihre Stellung in der Mythologie und im Volksglauben. 6th ed. Leipzig: Teubner.