Lunes Rouges

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jeudi 23 février 2006

Célébrer le Principe Divin Féminin

Célébrer le Principe Divin Féminin

Par Janet Chawla, traduction Lune

Le 16 septembre 2002.

Au temple de Kamakhya, situé à 5 km de Gauhati, la capitale d'Assam, une célébration de la menstruation annuelle de la déesse est tenue durant la mousson, lorsque la rivière Brahmaputra est en crue. La fête est appelée Ambubachi Mela. Kamakhya, également appelé Kamarupa - l'état ou la forme de l'amour et du désir - est le Shakti peeth éminent d'Inde où la déesse est adorée à la fois pour son rôle maternelle et érotique. Il n'y a pas d'idole de déité dans le Garbhagriha du temple. Elle est vénérée sous la forme d'une pierre ressemblant à un yoni d'où une source naturelle s'écoule.

Ce qui est vénéré à Kamakhya durant la mela (fête, foire) n'est pas l'image de la déesse, mais plutôt un processus - et un processus féminin qui est - la menstruation. On croit que durant les pluies de la mousson, la puissance créatrice et nourrissante de la Terre Mère devient accessible aux dévôts sur ce site au cours d'Ambubachi.

Conformément à l'isolement menstruel des femmes, le Kamakhya mandir est fermé aux fidèles durant la mela. Et les dévôts, homme et femme, observe des restrictions similaires - pas de cuisine, pas de réalisation de puja ou lecture de livres saints, et ainsi de suite. Lorsque le temple est rouvert, le prasad (ndlt : part de la nourriture offerte à la déesse) est distribué sous deux formes. Angadhak - littéralement la part fluide du corps - l'eau de la source. Et angabastra - littéralement le vêtement recouvrant le corps - un morceau de tissu rouge est utilisé pour couvrir la pierre yoni au cours des jours de menstruations.

Pendant l'Ambubachi Mela, les rituels réalisés se mélangent à deux phénomènes naturels que nous percevons habituellement comme distinctement différents. Le cycle saisonnier des pluies de mousson fusionne avec la physiologie féminine, l'écoulement menstruel des femmes chaque mois. Les processus du corps de la terre et du corps de la femme sont représentés comme profondément sacrés.

Les dévots de Shakti honorent le principe divin féminin, l'immanent pouvoir de l'absolu, sous des formes telles que Durga, Kali, Lakshmi, Tripurasundari, Bhairavi, et autres variantes locales. D'après estimation, 51 Shakti Peeths (ndlt : lieux de culte) sont disséminés géographiquement sur le sous-continent indien, sur sa longueur et sa largeur. La mythologie relie ces sites sacrés dans le récit du Shiva endeuillé, qui s'envola dans les cieux, désespéré parla mort de sa bien-aimée Sati, et laissa tomber les parties du corps sur la terre.

Kamakhya est considéré comme le Peeth (ndlt : lieu de culte, temple) où le Yoni attérit. Cependant, certains chercheurs voient ce récit comme une forme de géo-mysticisme effectuée par les auteurs Brahman des textes Puraniques, qui ont compilé sites et légendes en une mythologie Hindoue dominante.

De façon intéressante, l'impulsion de l'action dans ce récit implique les transgressions de Sati des conventions à la fois patriarcales et sacrificielles. Sati ou Parvati, est retournée à sa maison natale à l'occasion d'un yagna (prière rituel) effectué par son père Dakshin, même si Shiva et elle n'ont pas été invités. Lorsque son père qui n'accepte toujours pas Shiva - humilie publiquement son bien-aimé au cours du rituel, Sati s'immole dans le feu sacrificiel, le désacralisant. La Devi, sous la forme que nous connaissons comme Sati, défie son père dans son choix d'époux et corrompt le sacrifice Védique, littéralement, en le spoliant (en le polluant) avec son corps.

Les 200 000 à 300 000 pèlerins, dans leur périple de la dernière semaine de juin pour se rendre à Kamakhya, pour célébrer cette fête, sont autant des sadhus (ascètes, saints hommes de l'Inde) que des propriétaires, convergeant pour honorer la déesse. Les Sanyasins, Aghoras vêtus noir, les Khade-babas, les Bâuls ou les ménestrels chanteurs de l'Ouest du Bengale, les intellectuels et le peuple Trantrikas, les Sadhus et Sadvis avec leurs longs cheveux emmêlés sont installés dans l'enceinte du temple pendant le mela. Les sans vêtements, les veuves pauvres et autres, particulièrement les femmes, voyagent depuis le Bengale ou d'Orissa ou de Bihar sur des bogeys spéciaux (ndlt : engins non identifiés, se rapprochant de ce qu'on pourrait appeler une remorque ???) attachés à nombre de trains qui se dirigent vers Gauhati.

Depuis quelques années désormais, les chercheurs féministes et activistes ont exprimés des inquiétudes quant au rôle des religions dominantes en renforçant l'oppression sur les femmes. Fréquemment, elles désignent des textes et principes religieux qui semblent émettre une idéologie patriarcale plutôt que des conseils spirituels pour les femmes. Bien que les femmes soient souvent les plus sincères des dévotes, leur capacité d'assumer les rôles officiels de prêtres (ou imams, pundits, lamas) n'a pas été utilisée.

L'exclusion de ces rôles est liée au pouvoir corporel féminin, à la fois sexuel et procréateur. Et le sang féminin est la marque de ce pouvoir. Dans les traditions religieuses dominantes, ce sang - menstruel et post partum - est décrit comme hautement polluant, salissant et doit à tout prix être séparé des choses sacrés : les livres saints, les prières, les temples, les mosquées, les églises.

Traditionnellement, ainsi, les femmes sont désacralisées à la hauteur de leur pouvoir physique. Il n'est pas étonnant que les chercheurs et activistes féministes ont considéré les textes tels que le Livre Lévitique de l'Ancien Testament et le Dharamshatras de l'Hindouisme, comme édictant davantage des tabous sur les menstrues qui a plus à voir avec le contrôle des femmes qu'avec leur libération spirituelle. Sous un angle plus globale, il est profondément ironique que l'Inde et l'Hindouisme soient perçus comme unique dans la prépondérance du culte de la Déesse - le divin féminin - alors que le statut des femmes est généralement considéré comme vil.

Ainsi, dans ce contexte, que devons-nous faire de l'Ambubachi Mela, où la Déesse elle-même se rend pour saigner, et le prasad (ndlt : don, offrande, cadeau béni ou divin) est donné sous la forme d'un tissu rouge symbolique ?

Pupul Jayakar, dans son livre sur les traditions populaires : "The Earth Mother", montre les connexions entre le corps féminin et son pouvoir de procréation (la capacité d'apporter la vie nouvelle dans le monde) et les rites 'magiques' ou sacrés et les croyances des peuples agraires et tribaux. Selon elle, dans certaines sociétés rurales et rites Tantriques, le diagramme ou yantra était identifié à l'organe reproducteur féminin comme étant la déesse Bhaga ou Kamakhya, l'oeil de l'amour et de la création, la porte de l'utérus. Les dessins de mandalas ou yantras au sein des grandes traditions, les peintures murales et des sols par les femmes au sein des traditions populaires, tous révèlent une structure magique. Tout d'abord, un espace est créé et ensuite le rite magique avec sa forme et son intention est réalisé dans cet espace. Celui-ci était prévu en fonction de la manifestation et la réalisation de l'intention désirée.

Le culte d'Ambubachi des phénomènes simultanées des pluies de moisson et du saignement menstruel peut apporter une importante contribution à la représentation mondiale du corps féminin. Kamahkya semble remettre en question à la fois les héritages religieux dominants : la pollution inhérente aux processus du corps féminin et la représentation gynécologique et obstétrique de la menstruation et de l'enfantement comme des périodes de dysfonctionnement et pathologies.

Beaucoup de femmes tout autour du monde voient leurs corps non pas comme une part de la nature ou même comme leur "culture" singulière, mais plutôt en des termes biomédicaux représentés comme "scientifiques" et véritable. Et ainsi demeurent les mystères inhérents au plaisir sexuel, à la magie de la nouvelle vie grandissant à l'intérieur d'une femme, au fait de donner naissance et nourrir au sein. Peut-être que l'Ambubachi Mela procure un espace sacré aux images qui donnent du pouvoir au corps féminin - un espace où les aspects maternels et érotiques des vies des femmes sont codés et célébrés comme divins.

lundi 13 février 2006

Blood Sisters

Activisme Menstruel chez les Bloods Sisters !!!

http://bloodsisters.org/bloodsisters/

vendredi 10 février 2006

Pratiques sexuelles et rites en Océanie

Pratiques sexuelles et rites en Océanie

Les mœurs et les rites d’Océanie peuvent nous paraître bien étranges à nous Occidentaux. Cependant, ils ont tous une signification bien précise…

Dernier continent exploré par les Blancs, L’Océanie est divisée en trois grandes régions : Mélanésie, Micronésie et Polynésie. En Papouasie, la plus grande île de Mélanésie, tout ce qui est féminin est jugé affaiblissant pour le mâle, guerrier. Le baiser, par exemple, que l’on pourrait croire universel, n’existait pas dans maintes sociétés papoues avant l’arrivée des Blancs. Toutes les sociétés y sont régies selon une séparation absolue entre les sexes. Il y a ainsi des cases distinctes et des huttes menstruelles, isolées du reste du village et dans lesquelles les femmes sont reléguées durant leurs règles. De même, une femme menstruée ne doit jamais, ô grand jamais, regarder l’homme dans les yeux en faisant l’amour, afin de ne pas affaiblir son courage à la guerre et sa vaillance à la chasse. Les seins des femmes n’interviennent pas non plus dans les critères de beauté des Papous, qui ont des valeurs plus fonctionnelles qu’esthétiques. Pour les Papous, une belle femme n’est pas une femme aux beaux yeux, au sourire avenant et à la poitrine galbée, mais plutôt une femme qui possède une bonne réputation de travailleuse et qui cultive bien le jardin de son Mari.

Oksapmin (Papouasie) Les Oksapmin sont connus en Occident à cause de leur curieuse tenue vestimentaire : un cache-sexe que les anthropologues appellent « étui pénien » qui s ‘attache autour de la taille. Les Oksapmin sont en contact avec les Blancs depuis le début des années soixante. Avant leur arrivée, il ne faisaient jamais l’amour à leur partenaire en la regardant de face. La levrette, inspirée des accouplements des animaux domestiques et sauvages, était ainsi la norme.

Hewa (Papouasie) L’espace d’habitation chez les Hewa est basé sur les sexes. Dans les grandes cases sur pilotis, véritables cathédrales sylvestres, vivent collectivement plusieurs couples et leurs enfants. Etant donné l’absence totale d’intimité, les rapports sexuels n’ont jamais lieu dans la maison. La forêt est dédiée au plaisir ; suffisamment loin des sentiers pour ne pas être vu, mais pas trop isolé, afin de ne pas rencontrer les mau­vais esprits qui la hantent. Les Hewa, une des populations les plus isolées de la Papouasie. souffrent, par ailleurs, d'une pénurie chronique de femmes. Les hommes entrent ainsi en compétition pour trouver une épouse. Les jeunes filles, demandées en mariage bien avant l'âge adulte, sont achetées avec des cochons, des arcs et des col­liers de coquillages.

Huli (Papouasie) Chez les Huli, connus en Occident sous le nom « d’hommes perruque » à cause de leurs chapeaux cérémoniels faits de cheveux humains, les jeunes mariés veillent quatre nuits. A l'aube du cinquième jour, ils se rendent dans leurs jardins et accomplis­sent un rituel de fécondité. Ils entreprennent alors la préparation de potions magiques, nécessaires à la consommation de l'acte sexuel. Chez les Huli, il est bon de repousser le plus longtemps possible le pre­mier rapport sexuel marital, cinq à neuf mois après le mariage. Le moment venu, le mari sacrifie un cochon comme précaution contre le danger de la contamination féminine. Enfin, avant de déflorer son épouse, l'homme verse de l'huile extraite d’un arbre parfumé dans son vagin, de peur d'avoir son pénis endommagé par le sexe d'une vierge. __La fréquence des rapports sexuels est liée au cycle menstruel de la femme. Un couple pourra copuler seulement quatre jours pendant la période d'ovulation de la femme. Comme il est souvent d'usage en Papouasie, la femme menstrues vit reclu­se, loin de son mari. Quand ses règles sont terminées, la femme envoie une feuille à son mari pour lui dire qu'elle n'est désormais plus dangereuse__. Le len­demain les époux pourront se parler de loin, mais sans se voir Jour après jour, ils se rapprochent un peu plus jusqu'à recommencer, pendant la fameuse pério­de des quatre jours, à profiter des plaisirs de la chair.

Baruya (Papouasie) L’anthropologue Maurice Godelier explique que "il est interdit à la femme de chevaucher son partenaire car les liquides qui emplissent son vagin pour­raient s'épandre sur le ventre de l'homme et le contaminer Et, bien entendu, alors que la femme suce le sexe de l'homme, jamais celui-ci n'approche sa bouche du sexe de la femme. Cette idée, de même que la sodo­mie, leur est «impensable». Les Baruya s'abstiennent également de faire l'amour après la naissan­ce d'un enfant, jusqu'à ce qu'il ait ses premières dents. Le baiser n’est pas pratiqué, et l'homme et La femme ne se manifestent pas de sentiments en public. Les seins sont appréciés lorsqu'ils sont opu­lents, et c’est une invitation sexuelle de la part d’une femme de se laisser frôler les seins par un homme. Le grand secret des rituels d’initiation des jeunes guerriers baruya, nous relève Maurice Godelier, est que le sperme est la vie et la force. C’est pour cette raison que les hommes donnent à boire leur sperme aux femmes affaiblies par leurs règles ou par un accouchement. Mais le sperme donne aussi aux hommes le pouvoir de faire renaître les garçons hors du ventre de leur mère. hors du monde féminin, dans le monde des hommes et par eux seuls. Ce rite le plus sacré, c'est que les jeunes initiés, des qu'ils pénètrent dans la maison des hommes, sont nourris du sperme de leurs aînés, et que cette ingestion est répétée pendant de nombreuses années dans le but de les faire croître plus grands et plus forts que les femmes, supérieurs à elles et aptes à les dominer, à les diriger."

Chuuk (Micronésie) À Chuuk, archipel des îles Carolines, la perfection des lèvres fait la beauté d'une fille. Les lèvres oui, mais vaginales ! Les garçons de cette petite île micronésienne se glissent en cachette, à la nuit tombée à l'intérieur de la maison des femmes endormies, et soulèvent leurs jupes afin de comparer leurs différents attributs. C'est un jeu auquel les filles se prêtent de bonne grâce en faisant semblant de dormir, car l'enjeu ‑ avec une demande en mariage à la clé ‑ est élevé. Les coutumes sexuelles maritales à Chuuk sont aussi centrées autour d'un autre détail anatomique féminin. Pratique bien connue dans tout te Pacifique Sud, le "marteau chuukais" consiste à frapper le pénis de l'homme contre le clitoris de la femme. Cette activité, parfois une fin en soi, permet à ces dames polynésiennes d'atteindre le septième ciel. Et, plus surprenant, à l'homme aussi ! Iles Salomon Il y eut aux îles Salomon des jeunes filles appelées Aurao, prostituées sacrées et incarnations de la beauté féminine. Les Aurao intervenaient lors des cérémonies de clôture de deuil qui s'étendaient de trois à cinq ans. Echangées à leurs parents contre des coquillages ‑ pour eux, c'était là un grand honneur ‑ elles étaient adoptées par le clan Organisateur du rituel de deuil. Seuls les hommes éminents économiquement supérieur aux autres pouvaient obtenir leurs faveurs sexuelles en échange de coquillages. Les rituels accomplis, les Aurao pou­vaient racheter leur liberté grâce aux coquillages accumulés, se marier et retrouver une existence ordinaire. Certains poteaux, encore visibles aujourd'hui parmi les vestiges de maisons cérémonielles, représentent l'étreinte amoureuse d'une Aurao et d'un homme riche, reconnaissable à ses ornements. Dans ces maisons cérémonielles, exclusivement réservées aux hommes, étaient rassemblées les Pirogues de Pêche, de guerre et de voyage, ainsi que les objets rituels masculins ces abris étaient le lieu consacré pour communi­quer avec les esprits tutélaires et les ancêtres fondateurs. Ceux-ci étaient représentés sur les poteaux, dont l'aide et la protection étaient régulièrement sollicitées par les hommes avant un raid guerrier, une expédition commerciale ou une pêche aux bonites ou aux requins.

Samoa (Polynésie) Le premier contact avec les polynésiens a été décrit en 1769 par le voyageur Louis Antoine de Bougainville, dans des récits croustillants qui ont beaucoup titillé les imaginations de l'époque: « Les pirogues étaient remplies de nymphes nues ( … ). Elles nous firent d'abord des agaceries (…). Les hommes.. s’énoncèrent bientôt clairement: ils nous pressaient de choisir une femme, de la suivre à terre, et leurs gestes non équivoques démontraient la manière dont il fallait faire connaissance. » Ces marins et ces explorateurs, après des mois passés en mer, n'ont vu dans les jeunes autoch­tones que des filles lascives et faciles. Propres à se soumettre à leurs désirs. Mais la réalité fut tout autre. Ces jeunes filles étaient offertes par les chefs de tribus qui voyaient en ces hommes blancs des êtres envoyés du monde divin. Comme le soutient souvent l'anthropologue fran­çais Serge Tcherkezoff: "L’amour libre, l’amour en public et la danse lascive qui allèrent caractériser la Polynésie révèlent le miroir dans lequel les savants et les explorateurs européens se sont regardés tout en croyant observer d’autres peuples. Il n'y a, dans le mythe de la belle vahiné, que des croyances, des préjugés et des désirs propres aux Européens, L’histoire des premiers contacts en Polynésie ne s'est pas faite sous le regard de Vénus et d’Eros, malgré lés affirmations de Bougainville et de tant d'autres à sa suite. Seule le dieu Mars était présent : après avoir essuyé le feu des canon, et des mousquets, les chefs polynésiens firent avancer des jeunes filles, en montrant par signes aux visiteurs qu’ils pouvaient les prendre sexuellement. Quelques observateurs eurent l’honnêteté de remarquer que ces filles étaient « tremblantes de peur et inondées de larmes. »

''Texte : Lorenzo Brutti ethnologue, UMS 1834, CNRS paru dans la revue Maximal, Janvier 2001 (p.120-123)

Pour en savoir plus : Maurice Godelier : La Production des grands hommes, Pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle Guinée Desmond Morris : Le Singe Nu Margaret Mead : Mœurs et sexualité en Océanie''

La danse du ventre pendant la grossesse

La danse du ventre

La danse du ventre autrefois réservée aux harems et aux palais orientaux, est désormais pratiquée dans le monde entier. Elle est devenue bien plus qu’un simple divertissement.

De nombreuses figures de cette danse ancestrale conviennent tout à fait aux exercices de préparation à l’accouchement.

Le professeur allemand de danse du ventre Gaby Oeftering, est elle-même mère de 3 enfants. Elle a développé, en collaboration avec des médecins et des thérapeutes, des exercices de danse du ventre adaptés aux futures mamans. Elle donne des cours aux femmes enceintes et forme également des sages-femmes qui souhaitent pimenter quelque peu les exercices d’accouchement traditionnels.

Les exercices de préparation à l’accouchement mettent généralement l’accent sur la relaxation et sur la perception. L'objectif est d’aider ces femmes à retrouver un peu de souplesse. Les femmes doivent être actives pendant l’accouchement. Mais cela demande un travail musculaire très intense. La danse du ventre permet de renforcer les muscles au niveau des cuisses et du bassin et de favoriser la croissance et le développement de l’enfant grâce à une meilleure circulation du sang.

Après un court échauffement avec des exercices de gymnastique, la séance de danse du ventre peut commencer. Voici la position de base : le bassin est basculé vers l’avant. Dans cette position, le fœtus est moins lourd et moins douloureux à porter. La colonne vertébrale est étirée et les muscles du dos sont plus toniques. Sandra Bosselmann en est à sa deuxième heure de danse du ventre. Elle vient d’entrer dans sa 29ème semaine de grossesse et est déjà maman d’une fillette de 6 ans: "Pour l’accouchement de mon premier enfant, j’étais vraiment apathique. Je n’étais pas très en forme et je n’ai pas beaucoup participé. La danse du ventre me permet de soulager mes douleurs de dos. Certains jours, c’est plus difficile, mais il suffit parfois de faire quelques mouvements pour se sentir tout de suite plus léger."

Peu importe que ce soit des sages-femmes ou des danseuses du ventre qui enseignent les mouvements aux femmes enceintes. L’essentiel, c’est que ces personnes aient reçu une bonne formation. Car toutes les figures de danse ne sont pas recommandées lorsqu’on attend un enfant. Certains mouvements sont parfaitement adaptés à la grossesse. Ils soulagent le mal de dos ou permettent d’apaiser l’enfant. Mais il existe aussi des exercices spéciaux pour l’accouchement. Il ne faut surtout pas mélanger les deux.

Les exercices de danse orientale suscitent un intérêt grandissant. En Allemagne, en Italie, en Autriche ainsi qu’en Suisse, de plus en plus de femmes dansent pendant leur grossesse. Cette pratique est, en revanche, beaucoup moins répandue en France, en Hollande ou encore en Suède. Pour de nombreuses femmes enceintes, la danse du ventre reste une idée un peu saugrenue. Cependant les gynécologues en confirment les effets positifs.

Ces mouvements donnent aux futures mamans une image positive de leur corps. Certaines femmes sont tellement enchantées par ces figures orientales qu’elles n’ont qu’une envie après l’accouchement: reprendre les cours de danse. Selon un vieux proverbe arabe, ne dit-on pas : « Une femme qui n’a pas de ventre, c’est comme un ciel sans étoiles » ?

............................................................................... HIPPOCRATE - Magazine de santé Mardi 18 novembre 2005 à 14h45 Rédactrice en chef : Heidemarie Petters Une coproduction ZDF -ARTE G.E.I.E.

Qu'est-ce que la Danse Orientale ?

Par Suzanne de SOYE

Le terme de danse orientale semble bien vague en effet. Traduction littérale de l’arabe raqs al-sharqui, il désigne cependant quelque chose de bien précis : la danse répandue dans l’est du Bassin Méditerranéen qui se caractérise par la rotation et les mouvements onduleux du bassin et des hanches, du buste et des bras, et par de vigoureux hanchements.

Parler, en dehors des milieux ou elle est pratiquée, de danse orientale, de "danse du ventre", amène souvent un silence choqué de l’interlocuteur – à moins que quelque plaisanterie gauloise ne jaillisse – l’une et l’autre attitudes étant bien significatives de la tournure d’esprit de la plupart des gens et de leur ignorance. Il faut dire à leur décharge que les spectacles offerts aux touristes amateurs d’exotisme dans certains restaurants, cabarets et night-clubs aussi bien d’Europe que du Proche-Orient, sont encore trop souvent provocants et vulgaires, sans réelle valeur artistique. Sensuelle mais non érotique, la danse orientale peut étre pudique, élégante, racée, voire même prendre des aspects hiératiques et nobles.

La danse orientale n’a pas de date de naissance précise, comme en a, par exemple, la danse classique française. Est-elle née chez les Phéniciens ? (la Phénicie occupait l’emplacement approximatif du Liban actuel). Les Tsiganes l’ont-ils apportée du nord de l’Inde ? A-t-elle été introduite en Egypte par les Turcs ? thèse la plus communément admise, l’Egypte, conquise en 1415 par les Turcs, ayant fait partie de l’empire ottoman pendant plus de 400 ans ; ou bien les Turcs l’ont-ils au contraire apprise des Egyptiens ? Les opinions s’opposent, toutes étayées.

Il semble que ce style de danse soit la survivance d’une forme de danse liée aux rites de fertilité, au culte de la Déesse-Mère des sociétés matriarcales. Ils reproduisaient symboliquement les mouvements de la conception et de l’enfantement et glorifiaient la maternité en représentant la conception mystérieuse de la vie, la souffrance et la joie avec lesquelles une nouvelle ame est mise au monde et célébrait le renouveau de la nature au printemps.

On a retrouvé des traces de cette forme de danse dans le monde entier :

- mouvements de hanches et de ventre très nets sur des peintures rupestres d’Afrique et du Levant espagnol ; sur des sculptures de l’Inde et de la Grèce Antiques ; en Egypte Ancienne dans le culte de Baktet et de la déesse Hathor ; sur la voie Appia à Rome ;

- description de femmes dansant des nuits entières, entre elles, dans les collines de l’Ancienne Anatolie ;

- danses sauvages des femmes de Sparte dans les temples d’Artémis, déesse de la lune et de la fécondité ; à Chypre, danses érotiques et extatiques des prétresses d’Aphrodite ; dans la Bible : danse de la Sulamite dans le Cantique des Cantiques ; danse de Salomé dans les Evangiles;

- Romains se délectant à voir les danseuses syriennes qu’ils avaient fait venir vers 60 avant J-C. poème de Virgile – remarquable mais peu connu – la Copa (ou Fille d’auberge), dont l’héroine est une danseuse syrienne.

- description par Pline le Jeune, Martial et Juvenal, des danseuses de Cadix, (alors colonie phénicienne), qui dansaient nues et qui, selon Juvenal, plaisaient davantage encore aux femmes qu’aux hommes. chroniques d’Adam de Brême, au XI eme siècle, dans lesquelles il se plaint des danses lascives des femmes du nord de l’Europe ;

- danses traditionnelles du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, telles la danse bédouine parmi d’autres, la guédra, danse en grande partie assise, toujours pratiquée dans le sud du Maroc et le nord de la Mauritanie ;

- danses des femmes Maori, en Nouvelle-Zélande, qu’on pouvait encore voir en 1950 ; oupa-oupa tahitien, tamouré ;

- danse hula-hula des iles Hawai, toujours pratiquée, danses antillaises ;

- danse pelvienne des Bafioti de Loango et d’autres ethnies en Afrique Occidentale ;

- danse similaire en Nouvelle-Guinée ; dans les îles Salomon ;

- femmes banjara de Delhi, au ventre tatoué, toujours célèbres pour leurs danses et qui sont des tziganes ; alors que les Indiennes portent généralement le sari de danse, les banjara portent jupe basse et boléro ;

- nomades tziganes du Rajasthan, dansant dans les villages avant de faire la quête.

Si donc cette forme de danse était jadis répandue dans le monde entier, pourquoi la qualifier d’orientale ? Parce que c’est dans les pays acquis à l’Islam, à l’Est du Bassin Méditerranéen, qu’elle s’est le mieux conservée et qu’elle a atteint le plus grand raffinement. Elle y est restée vivante. Les femmes dansent entre elles sans avoir jamais pris de leçons. On danse à toutes les occasions, à toutes les fêtes : aux mariages, bien sûr, lors des naissances, pour aider le travail de la mère par le rythme que la danse donne à la respiration et aux battements du cœur ; ou tout simplement pour le plaisir, pour passer le temps. Dans les régions où les mariages sont encore arrangés par les familles, il peut arriver que des jeunes filles dansent pour se faire remarquer d’éventuelles belles-mères. Les jeunes gens dansent aussi, non seulement dans leurs vêtements d’hommes, mais aussi habillés en femmes, en se rembourrant les hanches pour parodier les danses féminines. En Occident, quelques garçons prennent des cours, sans pour autant être efféminés ; plusieurs sont même devenus danseurs professionnels et professeurs.